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James Germain, la voix de la mémoire haïtienne de retour avec l’album «Xù d’Àssa»

Dela

Le chanteur haïtien James Germain revient sur le devant de la scène musicale avec la sortie de son quatrième album, Xù d’Àssa, après quinze ans de silence discographique. Ce nouvel opus s’inscrit dans une démarche de transmission et de mémoire, puisant ses racines dans l’histoire douloureuse de l’esclavage et l’héritage familial de l’artiste.

Xù d’Àssa n’est pas un terme créole haïtien. Il provient du fon-gbe, une langue d’Afrique de l’Ouest parlée principalement au Bénin, mais aussi au Nigéria et au Togo. Le titre signifie « le départ de nos ancêtres vers la mer », une référence directe au point de départ de la route de l’esclavage. Ce choix porte la volonté de James Germain de rendre hommage à ses racines et de rappeler une histoire collective souvent tue.

Un long silence, puis la renaissance

La longue absence de James Germain dans les bacs s’explique par une lassitude face au monde de la musique, mais aussi par un désir de s’engager autrement, notamment dans le social. Après avoir vécu au Bénin, au Mali, à Saint-Domingue, il s’est installé depuis deux ans en Martinique, une parenthèse bienvenue après des problèmes de santé.

Un temps de recul qui lui a permis de s’interroger sur le sens de sa démarche artistique. « À quoi ça sert de faire un album ? Est-ce que je fais un album pour la beauté, pour parler aux gens, pour envoyer un message, pour laisser une trace à une génération souvent en manque d’information ? Mon rôle, avec tous ces voyages sur le continent africain, c’est de partager mes expériences, surtout avec nos compatriotes caribéens », confie-t-il.

L’empreinte familiale et la transmission

Au cœur de Xù d’Àssa, la dimension familiale occupe une place centrale. L’album propose un moment particulièrement touchant avec la voix de la mère de James Germain, âgée de 81 ans et résidant aux États-Unis. Enregistrée à son insu par la sœur du chanteur, son intervention a été conservée sur l’album à la demande du producteur. Ce clin d’œil intime devient le symbole de la transmission entre générations, fil conducteur de tout le projet.

James Germain replonge également dans ses souvenirs d’enfance, rythmés par les veillées où les parents racontaient des histoires, bien loin de l’univers numérique actuel : « Aujourd’hui, c’est TikTok… Mais à mon époque, la parole des anciens comptait énormément. » Dans son quartier de Port-au-Prince coexistaient églises catholiques, temples protestants et traditions vaudou, offrant une richesse culturelle et musicale qui a nourri son apprentissage.

Chanter l’histoire, du chœur familial à la scène

C’est à l’église que James Germain fait ses premiers pas musicaux, attiré par les tambours et les chants, tout en restant curieux de découvrir les rites vaudou qui lui étaient interdits. « Ils nous ont transmis la tradition, mais il y avait une partie de la tradition qui était interdite » se souvient-il.

L’un des titres phares de l’album, « Liberté », s’inspire directement d’une chanson que lui chantait sa mère, empreinte de nostalgie et de douleur. En adaptant ce morceau, James Germain rend hommage à toutes les victimes de l’esclavage et rappelle que, hélas, l’esclavage moderne persiste encore aujourd’hui sous d’autres formes.

Avec Xù d’Àssa, James Germain offre bien plus qu’un simple album : il signe une œuvre de mémoire, un pont entre Haïti, l’Afrique et la Caraïbe. Sa voix, empreinte de ferveur et de sensibilité, redonne vie à une histoire collective et invite chacun à s’interroger sur ses racines et sur le sens de la transmission.

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