François BÉGAUDEAU, romancier, essayiste. Auteur de L’art d’avoir toujours raison quand on a tort (éditions du Rocher)
N’en déplaise aux matérialistes, ce qui dirige nos vies a quelque chose de puissamment insaisissable, le regard et la voix, par exemple, mettent à nu l’intérieur de notre âme, les sentiments les plus purs. Le langage aussi – que l’on possède ou qui nous possède. Ce langage, on peut l’ensorceler, le triturer, l’affûter comme une arme, et aussi mentir aux autres et à soi-même, ce qui s’appelle l’idéologie. François Bégaudeau, romancier, essayiste, s’est fait connaître avec Entre les murs, décliné au cinéma et qui fut un succès. Il manie fort bien les phrases et les mots, même si, écrit-il, « la phrase est de gauche et le mot de droite ». Dans son faux manuel de rhétorique, il égratigne une caricature sociale, celle du boubour, « le bourgeois bourrin », le rival symétrique du bobo : si le bobo cultive l'ouverture, l'écologie et la sophistication, le boubour préfère la transgression, la jouissance de l’ordre existant, la virilité et le rejet du progressisme. Par réaction, le boubour est volontiers machiste et chauvin, de droite, quoi. C’est un peu Mon beauf, dans la chanson de Renaud. Dans son essai drôle et acide, François Bégaudeau énonce une quinzaine de stratagèmes permettant de retourner une discussion sans répondre à l’argument. Malgré le chaos ambiant, ou peut-être à cause de celui-ci, il est urgent de continuer à rire, y compris de soi. C’est aussi l’occasion de distinguer ce qu’il appelle « la gauche consistance », lucide sur le réel et les rapports de force, de la gauche mondaine acquise à l’ordre bourgeois.
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