Le 26 décembre 2004, à 0 h 58 min 53 s en temps universel, la terre se déchire au large de Sumatra. Le séisme atteint une magnitude de 9,1, l’un des plus puissants jamais enregistrés. En quelques minutes, plus de 1 200 kilomètres de faille rompent sous l’océan Indien. Le fond marin se soulève brutalement et déplace une masse d’eau gigantesque. Sur les côtes voisines, personne ou presque ne comprend encore ce qui vient de commencer.

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À Aceh, en Indonésie, la mer arrive parfois moins de vingt minutes après le séisme. Sur certaines plages de Thaïlande, elle se retire de façon spectaculaire. Des vacanciers s’avancent sur le sable humide, intrigués. Des enfants observent les poissons prisonniers dans les flaques. Quelques personnes prennent des photos. Puis une masse d’eau apparaît, grossit et emporte bateaux, voitures, maisons et ceux qui se trouvent sur son passage.

En quelques heures, le tsunami frappe l’Indonésie, la Thaïlande, le Sri Lanka, l’Inde, les Maldives, puis atteint les côtes africaines. Au Sri Lanka, le train Samudra Devi est rattrapé près de Peraliya. Une première vague l’immobilise. Une autre, plus puissante, renverse les wagons et les emporte. Plus d’un millier de personnes meurent dans ce qui reste généralement considéré comme la catastrophe ferroviaire la plus meurtrière de l’histoire.

Pourquoi personne n’a-t-il pu prévenir les populations à temps ? En 2004, l’océan Indien ne dispose pas encore d’un véritable système régional d’alerte aux tsunamis comparable à celui du Pacifique. Le séisme est détecté, mais sa puissance exceptionnelle est d’abord sous-estimée. Surtout, l’information ne parvient pas assez vite aux plages situées sur la trajectoire de la vague. Pourtant, certains signes étaient là : une secousse longue et inhabituelle, un retrait soudain de la mer, parfois un grondement étrange.

Quelques personnes reconnaissent ces signes. À Phuket, Tilly Smith, une Britannique de dix ans, se souvient d’un cours de géographie reçu quelques semaines plus tôt. Elle comprend qu’un tsunami approche et alerte sa famille. Plus d’une centaine de personnes sont mises à l’abri. Sur l’île indonésienne de Simeulue, une tradition orale née après un tsunami en 1907 enseigne qu’après une forte secousse et un retrait de la mer, il faut fuir vers les hauteurs. Cette mémoire contribue à sauver des milliers de vies.

Le bilan est vertigineux : près de 230 000 morts ou disparus dans une quinzaine de pays. L’Indonésie paie de très loin le tribut le plus lourd, avec plus de 160 000 victimes. Près de deux millions de personnes sont déplacées. Très vite, le monde entier se mobilise. Gouvernements, institutions internationales, entreprises et particuliers promettent environ 13,6 milliards de dollars pour les secours et la reconstruction.

Mais deux ans plus tard, une question revient : où est passé tout cet argent ? Des milliards ont été promis, mais tous ne sont pas encore dépensés. Bill Clinton, envoyé spécial du secrétaire général de l’ONU, constate que seulement 30 à 35 % des personnes ayant besoin d’un relogement permanent en ont obtenu un. Des projets sont mal coordonnés, certains sont inadaptés, les prix explosent, les problèmes fonciers ralentissent les chantiers et des cas de corruption existent. Mais cela ne signifie pas que les milliards se sont simplement volatilisés. Une reconstruction de cette ampleur prend des années, et les sommes annoncées, versées, engagées et réellement dépensées ne correspondent pas aux mêmes étapes.

Le tsunami du 26 décembre 2004 a profondément changé la manière dont les pays de l’océan Indien se préparent à ce type de catastrophe. Des systèmes d’alerte ont été installés et les signes naturels sont mieux connus.

Un récit de Tim Girard.

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