Dès ses origines et malgré l'opinion très claire de son inventeur, Jean-François Champollion, l'égyptologie semble avoir toujours éprouvé des difficultés à reconnaître dans l'art égyptien un art véritable ou digne de cette qualification. Plutôt que de retracer l'historiographie de cette relation complexe de la discipline à l'une des trois sources fondamentales de sa connaissance – à côté des productions textuelles et des vestiges archéologiques –, ce premier exposé introductif abordera les critères qui ont été invoqués pour nier l'existence d'un art à part entière et, corolairement, d'artistes dignes de ce nom dans l'Égypte antique. En tenant compte des spécificités de la culture pharaonique, on peut effectivement montrer que les critères qui sont habituellement utilisés pour définir l'art et l'artiste dans le monde occidental (ou occidentalisé) moderne sont tous bel et bien présents dans l'Égypte ancienne, mais sous une forme particulière à cette culture. Plutôt que de se focaliser sur des points d'opposition qui permettraient de hiérarchiser les artistes modernes occidentaux par rapport aux autres, l'exposé invitera à considérer l'apport du cas égyptien à l'étude de ce que sont l'art et les artistes en général, au-delà du contexte de l'Occident moderne.
Dimitri Laboury
Après une double formation, en histoire de l'art et archéologie et en histoire et philologie orientales (orientation égyptien ancien), Dimitri Laboury a consacré sa thèse de doctorat à La statuaire de Thoutmosis III. Essai d'interprétation d'un portrait royal dans son contexte historique (Liège, 1998). Il a effectué la majeure partie de sa carrière en tant que chercheur du F.R.S.-FNRS, avant que l'université de Liège ne crée une chaire pour ses enseignements en 2023. Ses recherches concernent la culture matérielle de l'Égypte antique et, à ce titre, il a participé à diverses missions archéologiques en Égypte, à Tanis, à Karnak, à Amarna et dans la Nécropole Thébaine, où il a assuré depuis 2010 la codirection de la Mission Archéologique belge, qu'il dirige aujourd'hui. Ses intérêts scientifiques portent tout particulièrement sur l'étude de l'art égyptien, depuis sa création durant l'Antiquité jusqu'à sa récupération dans les différentes cultures qui se sont approprié le modèle pharaonique, y compris au sein de la tradition occidentale. À la faveur d'un Mandat d'impulsion scientifique du F.R.S.-FNRS, il a initié un vaste programme de recherche sur les artistes dans l'Égypte antique et l'étude de leurs diverses pratiques, qui permettent de suivre des individualités ou des mains d'artistes, mais aussi et surtout de comprendre qui étaient ces acteurs-clés d'une société qui a tant investi dans la production artistique. Son objectif scientifique principal est de rendre leur juste place aux notions d'art et d'artistes dans le vocabulaire conceptuel de la discipline égyptologique, ce sur quoi portera sa série d'exposés au Collège de France.
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