Vlan! Leadership
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[Best-of] Une leçon fondamentale de leadership avec le Général Vincent Desportes

Dela

Vincent Desportes, Général de corps d'armée, ancien directeur de l'École de Guerre est l’un des épisodes qui a le plus marqué sur Vlan! Leadership.
J'avoue que j'avais une image un peu caricaturale de l'armée avant cet épisode. L'ordre, la hiérarchie stricte, le "on obéit parce qu'on obéit". Et puis j'ai lu le livre de Vincent. Et j'ai réalisé que, sur la question du leadership, les militaires ont une longueur d'avance assez déconcertante sur la majorité des entreprises. Pas parce qu'ils sont plus durs. Mais parce qu'ils ont compris bien avant nous que personne ne fait quelque chose d'extraordinaire sous la contrainte. Que le désir, comme disait Spinoza, est le vrai moteur. Et que le rôle du chef n'est pas de motiver, mais de créer les conditions de l'auto-motivation.

Dans cet épisode, nous parlons de ce que distingue vraiment une bonne armée d'une mauvaise, pourquoi la guerre en Ukraine est avant tout une histoire de leadership, comment on crée de l'autonomie sans perdre le cap, et ce que le brouillard de la guerre nous apprend sur la manière de prendre des décisions dans un monde qu'on ne comprend plus très bien. J'ai aussi questionné Vincent sur ses propres erreurs de jeune lieutenant, sur la vulnérabilité du chef, et sur cette phrase qu'il cite dans le livre et qui m'a arrêté net : "Le désir secret des hommes est moins d'être libre que d'être inspiré."

Citations marquantes

"Un soldat sait qu'il ne vaut rien sans les autres."

"Je ne peux pas motiver les gens. Je dois créer les conditions de l'auto-motivation."

"Doutez toujours. Mais n'hésitez jamais."

"L'initiative est la forme la plus aboutie de la discipline."

"Le désir secret des hommes est moins d'être libre que d'être inspiré."

Idées clefs

1. Le préfixe le plus important en leadership : "auto" [00:00 à 20:00] Vincent revient sur une idée qu'il développe dans son livre : on ne peut pas motiver quelqu'un, on ne peut pas responsabiliser quelqu'un de l'extérieur. Ce qu'on peut faire, c'est créer les conditions pour que ça émerge de l'intérieur. Auto-motivation, auto-responsabilisation, auto-discipline. C'est un renversement total de la logique managériale classique qui dit "je vais mobiliser mes équipes" comme si c'était une action qu'on fait à quelqu'un. Ça explique pourquoi tant d'initiatives de "mobilisation" tombent à plat : elles partent dans le mauvais sens.

2. Le lien entre intérêt individuel et intérêt collectif est la vraie clé [08:50 à 14:00] Ce n'est pas le sens qu'on donne à une mission qui fait avancer les gens. C'est le fait que chacun perçoive un intérêt personnel à ce que le collectif réussisse. Rousseau disait que c'est l'émotion qui fait avancer l'humain, pas la pensée. Spinoza disait que l'homme est désir. Vincent traduit ça en pratique managériale : je dois créer le lien émotionnel entre "mon avenir à moi" et "notre projet ensemble". Ce lien ne se décrète pas, il se construit, souvent dans les petits gestes et les conversations du quotidien.

3. "Aucun plan ne résiste au premier coup de canon" [20:00 à 33:00] Von Moltke, général prussien du XIXe siècle, avait posé les bases de ce qu'on redécouvre aujourd'hui sous le nom d'agilité. Un plan, c'est fait pour entrer en contact avec la réalité, pas pour la dicter. Et ce qui fait la différence entre une bonne organisation et une mauvaise, ce n'est pas la qualité du plan initial, c'est la capacité d'adaptation de chacun quand le plan se casse. Ce qui implique d'avoir construit l'autonomie avant que la crise arrive, pas pendant.

4. Le drill et la liberté : les deux ne s'opposent pas [29:00 à 33:00] Il y a des tâches qu'on automatise pour libérer la tête. Un parachutiste sait exactement où est son couteau, son masque à gaz, ses grenades, sans regarder, parce que ça libère sa bande passante pour penser à ce qui change. C'est exactement ce que font les bonnes entreprises : automatiser les tâches sans valeur ajoutée humaine pour que les gens puissent s'adapter à l'imprévu. La robotisation n'est pas une menace si elle est pensée comme libération de l'initiative.

5. Le leader est un créateur de contexte, pas un distributeur de sens [47:30 à 56:45] McGregor distingue deux types de management : le mécaniste (on tire sur la tige pour que la plante monte) et l'agricole (on crée les conditions pour qu'elle pousse). Vincent va encore plus loin avec la métaphore du tournesol : si le contexte est bon, les gens s'orientent naturellement vers la lumière, sans qu'on ait besoin de les y forcer. Le rôle du leader n'est pas d'indiquer le chemin à chaque pas, c'est de faire en sorte que l'orientation devienne naturelle.

Questions posées dans l'interview

  1. Qu'est-ce que c'est qu'un bon leader selon vous, et à quoi ça ressemble ?
  2. Est-ce que l'armée fonctionne par contrainte ou par adhésion ?
  3. Pourquoi la différence Ukraine/Russie est-elle d'abord une question de leadership ?
  4. Comment faire naître l'envie à l'intérieur de chaque personne dans une organisation ?
  5. Comment un leader peut-il développer l'autonomie chez ses collaborateurs concrètement ?
  6. Comment changer une culture organisationnelle ancrée dans le drill et la non-autonomie ?
  7. Vous avez eu des échecs personnels qui vous ont appris quelque chose sur le leadership ?
  8. La vulnérabilité, l'aveu du doute, est-ce un signe de bon leadership ou une faiblesse ?
  9. Le "brouillard de la guerre", est-ce une métaphore pertinente pour ce que vivent les entreprises aujourd'hui avec la crise écologique ?
  10. Qu'est-ce que vous entendez par "un leader est un influenceur par le contexte" ?

Références citées

Personnes historiques et militaires

  • Napoléon Bonaparte : plusieurs citations sur le commandement par le rêve, la connaissance des hommes, l'uniforme comme vecteur d'identité [00:44, 15:43, 30:48, 37:10, 51:26]
  • Von Moltke (Helmut von Moltke) : "Aucun plan ne résiste au premier coup de canon" et "Un ordre ne doit contenir que ce qu'un subordonné ne peut décider de lui-même" [20:57]
  • Carl von Clausewitz : théoricien de la guerre, créateur du concept de "brouillard de la guerre" [44:23]
  • Maréchal Foch : "La discipline formelle est une forme d'indiscipline" [24:50]
  • Général Lagarde : "L'initiative est la forme la plus aboutie de la discipline" [24:50]
  • Leclerc (Général Philippe Leclerc de Hauteclocque) : leadership par les objectifs, libérateur de Paris [25:38]
  • Général Bradley : formation avant le débarquement de Normandie, équilibre drill/initiative [32:02]
  • Clémenceau et Foch : images des chefs militaires dans les tranchées [14:57]
  • Wagner / Prigogine : exemple de leadership par la contrainte [02:18]

Philosophes et penseurs

  • Spinoza : "L'homme est désir" [08:27]
  • Rousseau : "C'est la pensée qui fait l'humain, mais c'est l'émotion qui le fait avancer" [11:35]
  • Edgar Morin : capacité humaine d'intuition face aux machines [29:04]
  • Pascal / Descartes : le doute cartésien appliqué à la décision [41:23]

Théoriciens du management

  • Robert Greenleaf : concept du "servant leader" [06:43]
  • McGregor : management mécaniste vs management agricole [48:12]
  • Jean-Dominique Senard : dirigeant de Michelin, exemple de leadership humaniste [18:03]

Culture et littérature

  • Pierre Schoendorffer, Le Crabe-tambour : "Le désir secret des hommes est moins d'être libre que d'être inspiré" [56:11]
  • Ubuntu : principe africain du collectif comme force [54:08]

Événements historiques

  • Débarquement de Normandie / plage d'Omaha : exemple d'adaptation sous contrainte [31:24, 32:02]
  • 6 juin 1944 / libération de Paris [25:38, 06:43]
  • Covid : décision sous incertitude et légitimité du changement [42:51]
  • Réforme des retraites : lien intérêt individuel/collectif [54:08]
  • Grande Dépression / Roosevelt à la radio [12:56]
  • Churchill et De Gaulle : leadership par le discours émotionnel [12:13]

Livre de l'invité

  • Devenez leader, Vincent Desportes, éditions Odile Jacob [00:13]

Timestamps clés pour YouTube

00:13 — Un bon leader, à quoi ça ressemble vraiment ? Desportes pose la définition : un leader, c'est quelqu'un qui transforme une addition d'êtres humains en une synergie de volontés. Pas quelqu'un qui commande, quelqu'un qui crée l'envie d'aller quelque part ensemble.

01:35 — Napoléon commandait par le rêve, pas par le fouet La différence entre les armées qui gagnent et celles qui perdent. Avec un parallèle direct et saisissant sur Wagner et l'armée russe aujourd'hui.

05:40 — Ce sont les soldats qui gagnent les guerres, pas les généraux Et c'est exactement le même problème dans les entreprises. Celui qui crée la valeur, c'est l'opérateur, le commercial, le soldat. Le chef, lui, crée les conditions.

08:27 — Spinoza, Rousseau, et pourquoi on ne motive pas les gens On pense avec le cerveau, mais on avance avec le cœur et les tripes. Ce moment où la philosophie rencontre la pratique du commandement militaire.

14:09 — Le quiet quitting expliqué par un général Pourquoi les gens se déconnectent ? Parce que leur intérêt a changé et que les organisations ne l'ont pas vu venir. Une analyse qui dépasse largement le cadre militaire.

18:57 — Le préfixe le plus important du leadership : AUTO Auto-motivation, auto-responsabilisation, auto-discipline. Je ne peux pas imposer ces choses de l'extérieur. Mon rôle est de créer les conditions pour qu'elles émergent.

20:57 — Von Moltke et "aucun plan ne résiste au premier coup de canon" Pourquoi le plan stratégique est une illusion et ce qu'il faut faire à la place. L'autonomie comme seule réponse réaliste à l'imprévu.

30:48 — Le drill existe toujours dans les armées, et c'est normal Automatiser ce qui n'a pas de valeur ajoutée humaine pour libérer la tête vers ce qui en a. La robotisation vue comme libération plutôt que menace.

40:01 — "Doutez toujours. Mais n'hésitez jamais." La grande phrase de l'épisode. Décision sous incertitude, légitimité du changement de cap, et pourquoi les gens ont critiqué Macron pendant le Covid en ayant fondamentalement tort.

44:23 — Le brouillard de la guerre, c'est notre quotidien La crise écologique, la polycrise, l'accélération. Clausewitz avait tout compris. La stratégie, ce n'est pas un chemin fixe, c'est un objectif stable sur un chemin qu'on ajuste en permanence.

47:37 — Le leader est un agriculteur, pas un mécanicien La métaphore de McGregor et des tournesols. On ne tire pas sur la plante pour qu'elle monte. On crée les conditions pour qu'elle s'oriente naturellement vers la lumière.

52:42 — La puissance collective n'est pas un résultat, c'est une résultante On ne produit pas de l'intelligence collective en le décrétant. On crée le lien vertical (intérêt individuel/collectif) et le lien horizontal (fraternité, besoin des autres). Le reste vient tout seul.

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