Toyota veut que certaines voitures thermiques puissent encore être considérées comme « zéro émission » en Europe après 2035, à condition qu’elles ne fonctionnent qu’avec des carburants renouvelables. Une proposition qui change moins le moteur que la manière de compter son carbone. Le constructeur appelle cette catégorie VEEF, pour « véhicules fonctionnant exclusivement avec des carburants éligibles ». Il demande à Bruxelles de reconnaître ces voitures dans la réglementation européenne au même titre que des véhicules zéro émission, si elles utilisent uniquement des biocarburants ou carburants de synthèse répondant aux critères européens de durabilité.
Un essai grandeur nature a déjà commencé en Espagne. Depuis juillet, Toyota, BMW, Bosch et Repsol font rouler une vingtaine de véhicules de série avec Nexa 95, une essence produite à partir de matières premières renouvelables. Les moteurs et les stations-service n’ont pas besoin d’être modifiés. Bosch vérifie numériquement que les voitures participantes utilisent bien le carburant prévu. Mais « renouvelable » ne signifie pas « sans CO₂ à l’échappement ». Lorsqu’elle brûle, cette essence libère toujours du carbone. L’intérêt climatique se calcule sur l’ensemble de son cycle de vie : le carbone absorbé ou récupéré en amont doit compenser une partie de celui rejeté ensuite. Repsol revendique une réduction nette supérieure à 70 % par rapport à l’essence fossile, un chiffre qui dépend notamment des matières premières et de l’énergie utilisée pour fabriquer le carburant.
C’est précisément là que se trouve le débat réglementaire. La législation européenne actuellement en vigueur impose encore une réduction de 100 % des émissions moyennes des voitures neuves en 2035. Mais la Commission a déjà proposé de ramener cet objectif à 90 %, avec des mécanismes de compensation faisant notamment intervenir biocarburants et e-fuels. Ce texte n’est pas encore définitivement adopté. Toyota veut aller plus loin en donnant aux VEEF un statut spécifique. La limite sera probablement celle des ressources. L’Agence internationale de l’énergie rappelle que les déchets, résidus et autres matières premières réellement durables disponibles pour les biocarburants sont limités et déjà convoités par l’aviation, le transport maritime et l’industrie.
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