L’Espagne veut éviter que la ruée vers l’intelligence artificielle ne se transforme en ruée vers son électricité et son eau. Madrid prépare donc des règles parmi les plus exigeantes d’Europe pour les nouveaux centres de données.


Bonjour à toutes et à tous. Le gouvernement espagnol vient de mettre en consultation un projet de décret qui vise notamment les installations de plus d’un mégawatt. Et la mesure la plus spectaculaire concerne leur électricité : au moins 80 % de leur consommation devra être couverte par des énergies renouvelables, non pas sur l’année, mais heure par heure.


La différence est importante. Aujourd’hui, une entreprise peut acheter suffisamment d’électricité verte sur douze mois pour afficher un bilan annuel renouvelable, même si son data center utilise parfois une production fossile lorsque le soleil ou le vent manquent. L’Espagne veut désormais faire coïncider beaucoup plus précisément consommation et production. Et surtout, cette énergie devra être nouvelle. Chaque mégawatt supplémentaire consommé devra être associé à une nouvelle capacité renouvelable, installée dans les dix-huit mois précédant la mise en service du centre, directement ou via un contrat de fourniture à long terme. Madrid s’attaque également à l’eau. Les nouvelles installations devront atteindre les meilleurs niveaux européens d’efficacité énergétique et hydrique. Un enjeu particulièrement sensible dans un pays régulièrement confronté aux sécheresses.


Pourquoi cette sévérité maintenant ? Parce que l’IA provoque une véritable course au raccordement. Depuis 2021, plus de 12 gigawatts de droits d’accès au réseau espagnol ont déjà été accordés à des projets de data centers. Or la stratégie nationale estime plutôt leurs besoins réels entre 3,5 et 4 gigawatts en 2030. Les sanctions peuvent aller jusqu’à la perte du droit de connexion au réseau. Le texte ajoute même une dimension de souveraineté : l’opérateur devra être établi dans l’Union européenne et conserver certaines données d’exploitation sur le territoire européen.


Le secteur redoute évidemment que ces contraintes poussent certains investissements vers d’autres pays. Et la France ferait bien d’observer l’expérience espagnole. RTE comptait en mai près de 18 gigawatts de demandes de raccordement réservées pour environ 80 projets de data centers, contre seulement 5 gigawatts fin 2024.

L’enjeu européen devient donc clair : accueillir l’infrastructure de l’intelligence artificielle, oui, mais sans laisser quelques gigantesques salles de serveurs décider seules de l’usage futur de l’électricité, de l’eau et des réseaux.

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