Et si la nuit n’était plus tout à fait noire ? La start-up californienne Reflect Orbital veut installer en orbite des miroirs géants capables de renvoyer la lumière du Soleil vers la Terre après son coucher. L’objectif serait d’alimenter des centrales photovoltaïques plus longtemps ou d’éclairer des zones sinistrées pour faciliter les secours.
À terme, l’entreprise imagine une ceinture de plus de 50 000 satellites réfléchissants autour de la planète. Une ambition encore lointaine, mais qui vient de franchir une première étape. Le jeudi 9 juillet, l’autorité américaine des télécommunications, la FCC, a autorisé le lancement d’un satellite expérimental baptisé Earendil-1. Celui-ci emportera un miroir orientable de 5,5 mètres de côté. Pour justifier son feu vert, la FCC s’appuie sur le Communications Act, qui l’invite à favoriser les nouvelles technologies susceptibles de servir l’intérêt général. Mais cette décision a immédiatement ravivé les inquiétudes des astronomes.
L’American Astronomical Society évoque plusieurs risques : un possible danger pour les yeux des astronomes amateurs observant au télescope, un éblouissement soudain pour les pilotes ou les automobilistes, ainsi que des perturbations pour les grands observatoires scientifiques. La FCC répond que sa mission principale concerne l’utilisation des fréquences radio, et non les effets de la lumière réfléchie. Elle estime par ailleurs que ces incidents restent peu probables. La contestation dépasse cependant la seule astronomie. La Royal Astronomical Society et l’Observatoire européen austral redoutent une aggravation de la pollution lumineuse, susceptible de gêner les observations mais aussi de perturber des centaines d’espèces animales dépendantes de l’alternance naturelle entre le jour et la nuit.
Le 8 juillet, plusieurs organisations environnementales, dont Earthjustice et DarkSky International, ont demandé à la FCC d’imposer une étude d’impact complète avant toute nouvelle autorisation de centre de données orbital. Elles alertent également sur de possibles effets sur la couche d’ozone, la stratosphère et la qualité du ciel nocturne. Pendant ce temps, les projets se multiplient. SpaceX demande l’autorisation de déployer 100 000 nouveaux satellites Starlink, tandis que le projet Starmind évoque un million de data centers en orbite. Reflect Orbital prévoit, elle, de lancer Earendil-1 avant la fin de l’année et promet d’éviter les observatoires. Reste à savoir si une telle précaution suffira.
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