Le 31 juillet 1914, à Paris, Jean Jaurès dîne tranquillement au café du Croissant, rue Montmartre. Soudain, un homme s'approche d'une fenêtre ouverte et tire deux coups de revolver. Une balle atteint Jaurès à la tête. Le célèbre homme politique socialiste meurt presque immédiatement.

Son assassin est rapidement arrêté. Il s'appelle Raoul Villain, un jeune nationaliste de 28 ans. Il reconnaît les faits et ne cherche même pas à dissimuler les motivations politiques de son geste.

Pourtant, cinq ans plus tard, cet homme sera acquitté. Et, plus incroyable encore, la veuve de sa victime devra payer les frais du procès !

Comment expliquer une décision aussi surprenante ?

Il faut d'abord comprendre qui était Jean Jaurès. Fondateur du journal L'Humanité, député socialiste et ardent défenseur de la paix, il s'opposait à l'escalade militaire qui menaçait l'Europe durant l'été 1914.

Pour les nationalistes les plus radicaux, cette position était une véritable trahison. Raoul Villain était précisément convaincu que Jaurès affaiblissait la France face à l'Allemagne.

Trois jours après l'assassinat, la France entrait en guerre.

Villain reste emprisonné pendant toute la Première Guerre mondiale. Son procès, initialement envisagé plus tôt, est repoussé à plusieurs reprises, notamment pour préserver l'unité nationale.

Lorsqu'il comparaît finalement devant la cour d'assises de la Seine, en mars 1919, le contexte politique a complètement changé.

La France vient de remporter la guerre, mais au prix d'environ 1,4 million de soldats morts. Le patriotisme est particulièrement puissant.

La défense de Villain cherche alors à présenter son geste comme celui d'un homme déséquilibré, mais profondément attaché à sa patrie. Ses avocats se montrent habiles, tandis que ceux de la famille Jaurès consacrent une grande partie de leurs interventions à défendre la mémoire du dirigeant socialiste.

Le 29 mars 1919, les douze jurés rendent leur verdict. Par onze voix contre une, ils déclarent Villain non coupable.

L'assassin est donc acquitté et immédiatement libéré.

Mais l'humiliation ne s'arrête pas là : en application des règles de procédure, la partie civile, c'est-à-dire notamment la veuve de Jaurès, est condamnée à payer les frais de justice.

Le verdict provoque une vague d'indignation, particulièrement dans les milieux socialistes et ouvriers.

Ironie de l'histoire, en 1924, les cendres de Jean Jaurès sont transférées au Panthéon, où la République rend hommage à celui qui avait tenté d'empêcher la guerre.

Quant à Raoul Villain, il s'installe plus tard à Ibiza, en Espagne, où il est tué en 1936, au début de la guerre civile espagnole.

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